2020 - peut-être : couleurs de temps

Des grains de diverses poussières, qui se sont lentement accumulés au fil des années, au gré des aléas des transports et des changements de lieux, sur des plaques de verre ordinaires, de format 38 x 38 cm.

 

Des reflets, qui changent selon la luminosité des jours et des saisons, selon également la singularité des endroits et des emplacements.

 

Un dessin en continuelle évolution, sans fin ni terme, toujours changeant avec les nouvelles accumulations de poussière et les nouvelles circonstances de temps et d’espace, se modifiant par d’infimes variations, presque imperceptibles, « inframinces » (1).

 

Un dessin non pas inachevé, mais inachevable.

 

Ici, dans l’atelier, c’était le vendredi 3 avril 2020, dans la matinée, et le samedi 4 avril 2020, en fin d’après-midi.

 

En pensant à Peau d’âne

 

Quel peut bien être le statut ontologique de la poussière ?

 

« Voilà : la poussière est cette petite masse de rien, cet objet sans objet, cette rêverie inutile qui peut servir au besoin de philosophie. Ou d’érotique de l’inaccomplissement, de la clandestinité, de l’indécision. Entre l’un et l’autre, masculin et féminin, apparition et disparition, oui et non. Une sorte de désir nonchalant, d’investissement diffus, presque de distraction. Une sorte de peut-être » (2).

Et quelles sont au juste les couleurs de la transparence ?

 

« La question est : De quelle sorte doit-être l’image visuelle, si nous devons la nommer image d’un medium transparent coloré ? Ou encore : Quel aspect quelque chose doit-il avoir pour nous apparaître comme étant coloré et transparent ? Cette question n’est pas une question de physique, mais elle est reliée à celles de la physique » (3).

 

 

(1) Suivant le mot de Marcel Duchamp, Notes, Paul Matisse et Pontus Hulten (éd.), Paris, Flammarion, 1999, « Inframince », notes 1-46, p. 19-36, en particulier note 35 rv, p. 33 : « Tous les ‘identiques’ aussi identiques qu’ils soient, (et plus ils sont identiques) se rapprochent de cette différence séparative infra mince ».

 

(2) Jean-Luc Hennig, Beauté de la poussière (2001), Paris, Pocket, 2018, chap. 23, p. 222.

(3) Ludwig Wittgenstein, Remarques sur les couleurs (1950-1951, 1ère publication : 1977, posthume), III, § 252, trad. fr. Gérard Granel, Mauvezin, TER, 1983, p. 62.

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