1997 - dénuement

Chaussures aux pieds, nous foulons les sols de la Terre. Ces prothèses que nous cirons avec le plus grand soin, il nous importe de les rendre, elles, aussi durables que possible. Se pourrait-il toutefois que les traces que nos empreintes laissent désormais sur la nature et le monde ne s’effacent plus ? Qu’ainsi elles ne soient plus des traces ? Se pourrait-il que nos cirages en viennent à recouvrir entièrement la Terre ? Par la déforestation, rendre la nature et le monde lisibles. Il est fragile pourtant, le papier journal. Mais n’est-ce pas désormais la fragilité dont il est issu qui se révèle elle-même d’une extrême fragilité ? Que perdrions-nous vraiment à être plus friables, plus poreux ?

Jacques Derrida, « Freud et la scène de l’écriture » (1966), dans L’Écriture et la Différence, Paris, Seuil, 1967, p. 339 : « Une trace ineffaçable n’est pas une trace, c’est une présence pleine, une substance immobile et incorruptible, un fils de Dieu, un signe de la parousie et non une semence, c’est-à-dire un germe mortel ».

© Dominique Weber. Tous droits réservés - 2017. Site conçu et réalisé par Jeanne Weber

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dénuement, n° 2, 1997, cirage noir sur papier journal plié, 47 x 64 cm